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Appel à communication "Les préfets en outre-mer depuis 1946" (Bordeaux, 25-26 novembre 2020)

Le 14 novembre 2019 à 19h10

Appel à communication pour le colloque
’Les préfets en outre-mer depuis 1946’

Hôtel de préfecture de la Gironde et Sciences Po Bordeaux
Bordeaux, 25-26 novembre 2020



Appel à communication jusqu’au 27 novembre 2019.

Colloque organisé par le Comité pour l’histoire préfectorale, l’Université de Picardie Jules Verne (CURAPP-ESS) et Sciences Po Bordeaux (LAM).

"Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la loi du 14 mars 1946 qui transforme en départements français la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion, les quatre « vieilles colonies » comme on disait alors, est adoptée de manière tout à fait consensuelle. Cette intégration constitue le premier cas d’une incorporation d’espaces coloniaux à l’ensemble national non imposée par Paris. Pour mettre en œuvre cette forme inédite de sortie du régime colonial, le Gouvernement installe, au cours de l’été 1947, dans chacun de ces nouveaux territoires de la République, les départements d’outre-mer (Dom), un préfet, celui-là même qui, depuis près d’un siècle et demi, tient de son plus haut représentant civil dans un département et de son « homme à tout faire »[1]. A ce moment, cette extension de l’institution préfectorale reçoit un accueil enthousiaste. Il est vrai qu’elle constitue une première du genre, si l’on excepte la brève expérience, au début du XIXe siècle, de « préfet colonial » en Louisiane (1802-1803) et à La Martinique (1802-1809). Plus de soixante-dix ans après la départementalisation des quatre « vieilles colonies » et huit ans après celle de Mayotte, le préfet demeure le plus haut personnage de l’Etat dans ces territoires ultramarins soumis à l’identité législative. A travers la fonction de haut-commissaire de la République, il a, en outre, trouvé en Polynésie française, à partir de 1977, puis en Nouvelle-Calédonie, à compter de 1981, des formes nouvelles de représentation de l’Etat. Ce colloque entend par conséquent proposer un état des lieux des connaissances produites sur cette expérience peu commune, mais peu travaillée aussi bien dans le champ de l’histoire de l’Etat que dans celui des études coloniales.
Il faut dire que les mondes coloniaux sont trop « longtemps resté[s] un point aveugle des études sur l’Etat en France ». Pourtant, à bien des égards, celles-ci gagnent à « [prendre] en compte des expériences et des espaces coloniaux qui mettent en question l’Etat, son fonctionnement, ses représentations, son apport à la République, sa dimension démocratique »[2]. Ainsi, si la notion de « préfet d’outre-mer » n’apparaît dans aucun des cinq « ordres institutionnels » définis par Luc Rouban pour éclairer et catégoriser les trajectoires des préfets qui ont servi tous les régimes qui se sont succédé en France entre 1870 et 1997[3], elle n’en demeure pas moins mobilisée, dès le début des années 1950, par les hauts fonctionnaires en poste dans les Dom, et ce y compris devant l’assemblée du corps préfectoral. Elle est de même avancée par les premiers contempteurs de la départementalisation, à commencer par Aimé Césaire. Le détour par les outre-mer offre donc l’opportunité de proposer une sociohistoire des préfets qui dépasse le traditionnel cadre d’analyse institutionnelle et politique.
Ce colloque s’inscrit pleinement dans le sillage du fructueux renouveau des travaux sur les outre-mer français, ainsi qu’en témoigne la publication ces dernières années de nombreux dossiers[4]. Dans une même et nécessaire perspective pluridisciplinaire, il invite à saisir, au plus près des acteurs, ce que recouvre concrètement la catégorie « outre-mer » depuis son institutionnalisation au sommet de l’Etat en 1946 ; en retour, ce que l’administration de ces lointains espaces peut produire dans les pratiques mêmes de l’Etat, en particulier en termes d’adaptations et de différenciations. L’édito d’un récent numéro de la Revue de l’administration territoriale de l’Etat consacré aux outre-mer appuie cette interrogation. Reprenant la voix du président de la République qui s’exprimait devant le corps préfectoral, il rappelle, désormais, la volonté au sommet de l’Etat de « permettre aux préfets de pouvoir déroger à certaines normes afin de répondre à la diversité des réalités socio-économiques des territoires où ils exercent »[5]. Faut-il en déduire un aboutissement d’un processus de transfert de pratiques administratives ultramarines ? Si tel est le cas, quels en sont les modalités, les logiques et les moteurs ?

Axes du colloque
C’est avec la volonté de rendre compte de la diversité des situations ultramarines que nous avons retenu quatre axes de communications ouverts à toutes les disciplines des sciences sociales. Il est entendu que ces axes ne sont nullement exclusifs et que les propositions de communication peuvent s’inscrire dans les différentes thématiques.
1/ Les préfets d’outre-mer, un corps dans le corps ?
Différents travaux ont rendu compte de la reconversion dans l’hexagone des agents et des savoir-faire administratifs coloniaux après les indépendances[6]. Toutefois, trop peu de ces travaux concernent les agents ayant fait carrière dans les outre-mer maintenus dans le giron républicain[7]. Qui sont les premiers préfets des Dom ? Sont-ils issus du corps des administrateurs coloniaux ? Font-ils valoir des expériences coloniales antérieures ? Partagent-ils des caractéristiques et des trajectoires communes ? Par la suite, comment se construisent, voire se consolident, des carrières propres aux outre-mer ? La croyance en une spécificité de l’outre-mer, « l’une des convictions les mieux partagées par les différents acteurs impliqués dans l’action publique »[8], invite à interroger le profil des préfets engagés dans ces mobilités ultramarines. Ces hauts fonctionnaires montrent-ils des dispositions particulières, telles une socialisation à l’international ou l’expérience de l’expatriation ? Dans quelle mesure et selon quelle ampleur une première expérience ultramarine en appelle d’autres ou pas ? Existe-t-il des régularités de circulations et, si tel est le cas, celles-ci indiquent-elles une hiérarchie des territoires ? Des critères de sélection des préfets appelés à servir outre-mer ont-ils été progressivement légitimés ? Est-ce parmi les préfets d’outre-mer que se recrutent les hauts commissaires de la République ? Peut-on en somme repérer un processus de spécialisation professionnelle ? Les contributeurs pourront également s’intéresser aux aspects matériels de cette éventuelle spécialisation (rites d’installation, cérémonies, uniformes, architecture préfectorale). On sait par ailleurs que les femmes connaissent des freins importants à la mobilité géographique dans la haute fonction publique[9]. Qu’en est-il pour les outre-mer et quelles femmes s’autorisent un tel éloignement ? Il serait enfin intéressant d’appréhender ce que les circulations outre-mer font aux carrières des préfets. Forment-elles un accélérateur permettant d’atteindre plus souvent et/ou plus tôt les fonctions les plus prestigieuses, et en ce cas selon quelles modalités ?
2/ Le « quotidien préfectoral »[10] en outre-mer
C’est le décret du 7 juin 1947 rendant applicable aux Dom l’institution préfectorale qui pose pour la première fois la question de la notion de « préfet d’Outre-mer », dans la mesure où lui sont attribués des pouvoirs antérieurement reconnus à un gouverneur d’une colonie. Les compétences du préfet exerçant dans un Dom se trouvent ensuite considérablement élargies par le décret du 26 avril 1960. Quelles sont donc les attributions du préfet en outre-mer qui le différencient tant de son homologue métropolitain, en particulier en matière de questions de défense, de coopération régionale, de diplomatie, d’immigration, de cultes et, en certains territoires, de relations avec des autorités autochtones ? En quoi celles-ci se maintiennent ou non après la régionalisation et la décentralisation ? Quelles marges de manœuvre spécifiques autorisent la fonction de préfet en outre-mer ? On sera également attentif aux poids des représentations. Dans quelle mesure les éléments qui participent à la construction de la visibilité du rang du préfet ont pu étayer outre-mer l’argumentaire de ses détracteurs qui n’hésitent pas, un temps, à l’assimiler à un « pro-consul » ? Qu’induit l’éloignement dans le métier et le quotidien préfectoral ? Quelles différences peut-on observer dans ce quotidien entre un préfet exerçant dans un Dom et un haut-commissaire de la République ? Des savoir-faire particuliers doivent-ils être mobilisés en outre-mer ? Qu’en est-il à cet égard de la gestion du personnel de préfecture ? De quelles ressources peuvent se prévaloir les préfets en outre-mer pour légitimer leur position et leurs marges de liberté par rapport à leur hiérarchie dans l’hexagone ? Au reste, l’administration centrale contribue-t-elle à la constitution de savoir-faire spécialisés sur les outre-mer ? Peut-on en définitive « jeter les bases d’une ethnographie et d’une anthropologie des pratiques administratives préfectorales »[11] en outre-mer ?
3/ Les préfets face aux crises ultramarines.
Un survol de l’histoire récente des outre-mer met en lumière les fréquentes et plurielles situations de crises. Dans le domaine social, en dépit des nuances propres à chaque territoire ultramarin, ces crises restent interprétées à Paris comme un épisode récurrent et éruptif de violence ultramarine révélatrice de tensions structurelles, au demeurant attestées par de nombreux indicateurs. Elles se traduisent par des phénomènes d’émeutes rurales ou urbaines, ou encore par de puissants mouvements de grève largement déconnectés des mobilisations sociales hexagonales. Elles reflètent également des enjeux politiques de longue durée, tant les mobilisations ultramarines font souvent intervenir des syndicats de tendance indépendantiste[12] qui n’hésitent pas à réactiver la mémoire d’événements locaux traumatiques[13]. Perçus comme des îlots de prospérité au sein de leur environnement régional, certains outre-mer se trouvent, de surcroît, exposés à des crises migratoires dont l’ampleur reste sous-estimée, tant la question migratoire est abordée dans le débat public essentiellement à travers le prisme métropolitain. Les derniers recensements comptent ainsi à Mayotte et en Guyane plus de 30% d’étrangers. L’histoire, la géographie et les aléas de la situation internationale, telle la guerre civile du Surinam dans les années 1980 qui conduit la Guyane à accueillir plus de 10 000 réfugiés, participent également de cette pression migratoire, qui donne à voir dans les espaces les plus concernés de plus en plus de manifestations à caractère xénophobe. Enfin, le passage dévastateur en septembre 2017 de l’Ouragan Irma dans les Antilles rappelle combien ces territoires ultramarins sont confrontés aux risques cycloniques. Les risques naturels comprennent également aux outre-mer, selon leur situation géographique, les éruptions volcaniques, les tsunamis et les séismes. Ce à quoi s’ajoute la prise de conscience des effets environnementaux de l’action des hommes (essais nucléaires, pollution au chlordécone etc.) Comment les préfets interviennent-ils dans l’anticipation, la gestion et la résolution de ces crises multiformes ? Quelles techniques de gouvernement mobilisent-ils ? Quelles mesures dérogatoires sont-ils amenés à réclamer ou à prendre ? Quelles formes de coopérations interrégionales peuvent-ils engager ? En quoi ces crises exacerbent les tensions locales et mettent à l’épreuve le préfet ? Dans quelles circonstances l’Etat doit prendre le relai de l’autorité préfectorale ?
4/ Les préfets d’outre-mer au miroir de l’étranger.
En se donnant pour titre « Le préfet en outre-mer », cette rencontre scientifique vise aussi à poursuivre l’exploration des pistes d’investigation sur la spécificité supposée d’un « modèle français »[14]. Elle propose ici d’éprouver cette hypothèse au regard de la diversité des modes d’administration des outre-mer européens réunis pour certains d’entre eux au sein de l’Union européenne, et ce depuis le traité de Maastricht (1992), dans la catégorie des « Régions ultra périphériques »[15]. Fondées également sur des échanges croisées avec les autres sciences sociales, des études récentes ont renouvelé la compréhension des relations qui s’établissent non seulement entre ces entités ultramarines et leurs anciennes métropoles, mais aussi entre ces outre-mer et leur environnement immédiat, à commencer par les territoires qui se concentrent dans l’aire des Caraïbes[16]. Une approche comparative mobilisant le cas des premiers préfets installés dans les Etats africains qui empruntent à compter des années 1960 cette figure à leur ancienne métropole, tels le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal, sera aussi appréciée pour interroger les notions de « transfert » ou d’« hybridation »."

Notes
[1] Albert Mabileau, Le système local en France, Paris, Montchrestien, 1994, p. 97.
[2] « L’Etat et les pratiques administratives en situation coloniale : l’exemple de la France milieu XIXe siècle – milieu XXe siècle » (dir. Marc Olivier Baruch et Vincent Duclert), Outre-mers. Revue d’histoire, 338-339, 2003, p. 5.
[3] Luc Rouban, « Les Préfets de la République 1870-1997 », Les Cahiers du CEVIPOF, 26, 2000.
[4] « Outre-mers indigènes » (dir. Benoît Trépied et Stéphanie Guyon), Genèses, 91, 2013. ; « Les Outre-mer français. Regards ethnographiques sur une catégorie politique » (dir. Elise Lemercier, Valelia Muni Toke et Elise Palomares), Terrains et travaux, 24, 2014. ; « L’Etat Outre-mer » (dir. Audrey Célestine, Stéphanie Guyon et Violaine Girard), Politix, 116, 2016.
[5] « Edito. Les Outre-mer : la nouvelle donne », Administration. Revue de l’administration territoriale de l’Etat, 256, décembre 2017-janvier 2018, p. 1.
[6] Véronique Dimier, « De la colonisation… à la décentralisation. Histoire de préfets "coloniaux" », Politix, 53, 2001, p. 203-225. ; Alexis Spire, Etrangers à la carte : l’administration de l’immigration en France (1945-1975), Paris, Grasset, 2005.
[7] Edenz Maurice, « Le préfet face aux enseignants autonomistes en Guyane de 1946 au tournant des années 1960. Une inédite rencontre administrative en contexte post-colonial », Politix, 116, 2016, p. 53-79. ; Sylvain Mary, « Les Antilles, de la colonie au département. Enjeux, stratégies et échelles de l’action de l’Etat (1944-début des années 1980) », Th. Université Paris-Sorbonne, 2018.
[8] Willy Beauvallet et al., « La construction sociale et institutionnelle d’une spécificité ultramarine », Politix, 116, 2016, p. 139-161.
[9] Catherine Marry et al. « Le genre des administrations. La fabrication des inégalités de carrière entre hommes et femmes dans la haute fonction publique », Revue française d’administration publique, 153, 2015, p. 45-68.
[10] Bernard Clère, « La vie quotidienne des préfets au XIXe siècle », in Les Préfets en France (1800-1940), Genève, Droz, 1978, p. 37-144.
[11] Gildas Tanguy, « “Le préfet dans tous ses états”. Une histoire de l’institution préfectorale est-elle (encore) possible ? », Histoire@Politique, 27, 2015, p. 3.
[12] Pierre Odin, Pwofitasyon. Luttes syndicales et anticolonialisme en Guadeloupe et en Martinique, Paris, La Découverte, 2019.
[13] Rapport de la Commission d’information et de recherche historique sur les événements de décembre 1959 en Martinique, de juin 1962 en Guyane et de mai 1967 en Guadeloupe, ministère des Outre-mer, 2016, 100 p. URL : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/164000717/
[14] Gildas Tanguy and Jean-Michel Eymeri-Douzans (eds), Prefects, Governors and Commissioners. A European Survey on Territorial Representatives of the State, Basingstoke, Palgrave-Macmillan, à paraître. Voir également les travaux menés par Pierre Karila-Cohen qui ont donné lieu, à Rennes II, au colloque « Préfets et gouverneurs dans l’Europe du XIXe siècle. Un état des lieux » (8-10 octobre 2015).
[15] Jean-Christophe Gay, « Les Outre-Mers européens », La documentation photographique, 8123, 2018.
[16] « Lectures de la Révolution cubaine dans l’espace Atlantique » (dir. Jacques Dumont et Sylvain Mary), Cahier d’Histoire Immédiate, 49, 2017. ; Rosemarijn Hoefte, Peter Clegg and Matthew Louis Bishop (eds), Post-Colonial Trajectories in the Caribbean : The Three Guianas, London, Routledege, 2017. ; Sébastien Chauvin, Peter Clegg and Bruno Cousin (eds), Euro-Caribbean Societies in the 21st Century : Offshore Finance, Local Elites and Contentious Politics, New York, Routledge, 2018.

Calendrier
Appel à communication entre le 27 septembre et le 27 novembre 2019
Réponse début janvier
Dates du colloque : 25-26 novembre 2020

Modalités de transmission des propositions de communication
La proposition de communication comprendra une présentation succincte (nom, prénom, institution ou université de rattachement, poste ou statut actuel, courriel), un résumé de 2500 signes (espaces compris) et un court CV d’une page.

Elle devra être envoyée au plus tard le 27 novembre 2019 à l’adresse suivante :
prefets.outremer@gmail.com

Comité scientifique
Marc Olivier Baruch, directeur d’études (CRH-EHESS), président du CHiPf
Marc-René Bayle, préfet, inspecteur général de l’administration en service extraordinaire, membre du CHiPf
Audrey Célestine, maîtresse de conférences (CERAPS-Université de Lille)
Alain Chatriot, professeur des universités (CHSP-IEP de Paris), membre du CHiPf
Justin Daniel, professeur des universités (LC2S-Université des Antilles)
Stéphanie Guyon, maîtresse de conférences (CURAPP-Université de Picardie Jules Verne)
Claire Laux, professeure des universités (LAM-Sciences Po Bordeaux)
Sylvain Mary, docteur en histoire (SIRICE-Université de Cergy-Pontoise)
Edenz Maurice (CHSP-IEP de Paris – CERMA-EHESS), secrétaire scientifique du CHiPf
Sarah Mohamed-Gaillard, maîtresse de conférences (CESSMA-INALCO)
Elise Palomares, maîtresse de conférences HDR (DySoLab-Université de Rouen)
Elise Lemercier, maîtresse de conférences (IRIHS-Université de Rouen)
Pierre-André Peyvel, préfet honoraire, secrétaire général du CHiPf
Gildas Tanguy, maître de conférences (LaSSP-Sciencepo Toulouse), membre du CHiPf

Merci amical à notre collègue Hubert Bonin, pour la transmission de cet appel à communication important.