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Disparition d’Hélène d’Almeida-Topor, présidente d’honneur de la Sfhom

Le 28 août 2020 à 08h58

C’est avec une profonde tristesse que nous apprenons la disparition de notre collègue Hélène d’Almeida-Topor, survenue ce 1er août 2020.
Historienne de l’Afrique, professeur émérite à l’Université Paris 1-Sorbonne, Hélène d’Almeida-Topor (1932-2020) fut aussi la présidente de notre société, la Société française d’histoire des outre-mers, de 2001 à 2011, avant de devenir présidente d’honneur de la Sfhom.


Xavier Mauduit, dans Le cours de de l’histoire (France Culture) rend hommage à Hélène d’Almeida-Topor, avec Catherine Coquery-Vidrovitch, Odile Goerg et Chislain Moupebele Makadjoka ce vendredi 28 août 2020 à 9 heures 05 :
« Des Amazones du Dahomey aux indépendances africaines, hommage à l’historienne Hélène d’Almeida-Topor »
https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-lhistoire/des-amazones-du-dahomey-aux-independances-africaines-hommage-a-lhistorienne-helene-dalmeida-topor



Les obsèques ont eu lieu au cimetière du Père Lachaise,
le jeudi 6 août 2020 à 10 heures.





Parmi les messages et les hommages qui ont suivi le décès d’Hélène d’Almeida-Topor, certains de ses collègues et amis ont réagi :

« Hélène d’Almeida-Topor nous a quittés le 1er août. Elle fut de toutes les aventures du Labo tiers monde puis SEDET jusqu’aux années 1990 et notre compagnonnage d’amitié a continué bien au-delà. Quelle tristesse. Nous avons fait tant de choses ensemble, toujours en amitié, et c’est le plus souvent elle qui avait les meilleures idées. J’admirais, entre autres, la façon dont elle savait sortir un plan d’ouvrage. J’en étais incapable ! C’était une femme droite, lucide, fidèle, d’une intelligence implacable, et d’un fair-play total, ce qui est une qualité rare. Nous avons été l’une et l’autre totalement "fair play" : c’est si rare dans le milieu universitaire !! Nous nous aimions beaucoup et rêvions encore d’écrire un livre ensemble. Elle a été unique dans sa passion pour l’histoire économique africaine. Aussi bonne enseignante que solide chercheuse, elle était d’une grande modestie, et s’est volontairement effacée des équipes en activité après sa retraite. Je regrette que de ce fait un certain nombre de chercheurs l’ait un peu oubliée. Son rôle fut fondamental dans cette époque pionnière. »

Catherine Coquery-Vidrovitch.



Hélène, une « grande historienne de l’Afrique et femme de cœur »

Odile Goerg.



« J’ai eu l’occasion, ces dernières années, via les réunions de bureau et AG de la Sfhom de croiser, à l’occasion, Hélène d’Almeida-Topor. De même m’a-t-elle envoyé, pour le site, des informations d’intérêt, récemment encore à propos de littérature algérienne. J’ai eu aussi la chance, qu’elle vienne à Reims (en 1997) pour participer à ma soutenance de maîtrise sur les signares, dirigée par Monique Lakroum.
Surtout, je sais - et certainement moins que vous - ce que la Sfhom doit à Hélène d’Almeida, durant sa présidence et sa présidence d’honneur. »

Guillaume Vial.



« Hélène et moi étions ensemble sur les bancs de La Sorbonne en années de licence d’Histoire, nous avons préparé l’agrégation dans un même groupe de travail, celui des étudiants communistes.
Je ne sais comment exprimer ma profonde tristesse. »

Pierre Brocheux.



« Cher Fabrice,
Je me fais l’interprète de tous les adhérents de la la Société française d’histoire des Outre-mers pour te présenter nos plus vives condoléances : il n’est en effet pas nécessaire de tous les réunir pour savoir l’empreinte qu’Hélène d’Almeida-Topor laisse, outre à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sur l’histoire de l’Afrique et sur celle de la SFHOM. Merci également à Odile et à Guillaume pour avoir diffusé cette mauvaise nouvelle.
Hélène m’avait transmis la présidence de la SFHOM en 2011 et ce n’est pas pour rien qu’elle y gardait la Présidence d’honneur : bien sûr, nous allons lui rendre l’hommage qu’elle mérite, le temps d’organiser ce dernier dans les jours qui viennent.
En attendant, je me permets de te transmettre nos sentiments les plus cordiaux et infiniment tristes. »

Hugues Tertrais,
Président de la SFHOM.



« Cher Hugues,
Merci beaucoup de ce message qui nous touche beaucoup !
Maman nous avait dit l’importance de l’association et de la revue et elle était fière d’y contribuer autant qu’heureuse des personnes avec qui elle y travaillait.
Merci de votre hommage.
Sincèrement Vôtre, »

Fabrice D’Almeida.



« Une anecdote au sujet de la couverture [Les Amazones. Une armée de femmes dans l’Afrique précoloniale]. En entrant en master, je me promenais dans la rue des Écoles où se trouvait un soldeur de livre, et je suis tombé sur ce bouquin en flânant. C’est là que j’ai compris le lien entre Hélène et Roland, que j’admirais. J’ai eu alors une sorte de flash, et j’ai imaginé mon sujet de thèse, publié sous forme de livre, avec une couverture de Topor, et je me suis lancé. Je n’en ai jamais parlé à personne. Mais en arrivant en Turquie, j’ai découvert à quel point Topor y était aimé et admiré. Au bout de deux ans, j’ai pris ma plume (on utilisait pas encore internet à l’époque), j’ai eu le courage de raconter cette histoire à Hélène qui m’a répondu : "j’ai montré votre lettre à Roland que cela a beaucoup amusé et il vous attend cet été pour vous faire votre dessin !" Je préparais alors la publication de ma thèse. Peu après j’ai invité Hélène à faire un cycle de conférences à l’université Galatasaray. Elle habitait chez moi. Une nuit, à deux heures du matin, j’ai reçu un coup de fil disant qu’Hélène devait rentrer d’urgence, son frère venant de faire un avc. Je l’ai mise dans l’avion le matin même, et Roland est mort quelques jours après. J’ai alors décidé que ma thèse ne serait jamais publiée...
Hélène a accompagné mes premiers pas, a vu naître mes enfants, est venue me voir en Turquie et en Guadeloupe, m’a fait connaître une éditrice chez qui j’ai fondé une collection pour instituteur. Quand je l’ai rencontré pour la première fois en 1989, elle avait l’âge que Fabrice et moi avons aujourd’hui...
Voilà, je me suis épanché comme un petit vieux, mais cela m’a fait du bien. Et je vais reprendre un verre de punch malgré l’heure : Hélène et Roland auraient aimé cela !
Je sais ce que je lui dois. C’est elle qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. »

Francis Simonis.



« Je suis attristé de ce décès, j’ai bien connu Hélène à la Sorbonne, à la présidence de la SFHOM, et j’ai pu la côtoyer lors de sa venue au (modeste) Salon du livre d’Autun (dans le Morvan qu’elle connaissait bien), il y a quelques années, où elle présenta l’un de ses derniers livres, Le goût de l’étranger : les saveurs venues d’ailleurs depuis la fin du XVIIIe siècle (Armand Colin, 2006), belle ouverture sur la diversité du monde et le croisement des cultures. »

Marcel Dorigny.



« Ayant œuvré comme trésorier et membre du Bureau de la Sfhom auprès de la présidente Hélène, j’ai pu apprécié son empathie, son art de la discussion savante, et son mode de l’organisation (au centre Mahler, dans le Marais). Dur cycle de la vie ! »

Hubert Bonin.



«  Hélène,

Ton départ laisse un vide, un vide d’estime scientifique, d’amitié fraternelle. J’ai l’impression que nous nous sommes toujours connus, en tout cas depuis plus d’un demi-siècle, depuis le temps des indépendances en Afrique jusqu’à aujourd’hui où tu nous quittes. Je n’insisterai pas sur l’autorité de la femme de science, sinon pour en souligner l’immense curiosité, la valeur et l’originalité. D’abord, tu as été une des meilleures spécialistes de l’histoire économique de l’Afrique contemporaine et je garde toujours de tes premiers travaux un tableau de calcul de ce que tu appelé « termes de l’échange social », un concept neuf dont j’ai admiré - et dont j’admire toujours - , la fécondité. Et puis, aussi, Hélène tu as été de toutes les avant-gardes, non celles qui font parler d’elles parce qu’elles partent à la guerre avec des slogans, mais de celles qui apportent du neuf, ouvrent des pistes. Car, il ne faut pas s’y tromper ; tu étais, Hélène, historienne ; à cet égard, un de tes livres les plus connus, sur les Amazones du Dahomey n’est pas un hommage aux femmes en guerre et aux « guerrières » mais un démontage des images trop faciles ; tes guerrières « plus qu’aux héroïnes de l’Antiquité, c’est peut-être aux troupes féminines d’aujourd’hui, aux jeunes filles qui, dans plusieurs pays du monde, suivent une instruction militaire obligatoire, aux femmes gardes du corps, prêtes à tuer à la moindre alerte que s’apparentent les amazones du Danhomè. Et dès lors, peuvent-elles encore faire rêver ? », écrivais-tu en conclusion de ton livre, en 1984. De ton œuvre, je voudrais aussi extraire un des plus remarquables apports, le volume que tu as consacré aux « saveurs venues d’ailleurs depuis la fin du XVIIIème siècle » sous le joli titre Le goût des autres » ; « la meilleure façon de découvrir un plat, la plus véridique, est sans doute celle que confectionne un hôte étranger pour ses invités. » Non seulement ce bel essai est, selon moi, un livre majeur, mais aussi un recueil de recettes étonnant pour tous ceux et celles qui croient que manger ensemble est le premier pas vers la reconnaissance de l’Autre.
A ce propos, là vraiment le privé et le public se sont rejoints ; je me souviendrai toujours et nos enfants je l’espère également d’un fameux repas dans l’appartement que tu avais boulevard Saint-Denis ; encombré des souvenirs africains, de livres et des tableaux de ton père et de ceux de ton frère. Tu n’avais peut-être pas encore rejoint l’Université Paris 1 et moi, celle d’Aix-en-Provence ; nous avions l’Afrique au cœur. Nous avions tous deux connus l’expérience exaltante, bien que parfois ingrate et frustrante de l’installation des premières Universités francophones en Afrique. Nous avions des connaissances communes, de grands noms de l’anthropologie, Claude Tardits ou Philippe Laburthe-Tolra que tu avais connus au Dahomey et au Togo de l’époque, et moi au Cameroun. Nos domaines de recherches voisinaient ; j’appréciais ton franc-parler, ta chaleur, un rire, en tout cas une gaieté que tu partageais presque avec ton frère qu’hélas je n’ai pas rencontré. Plus tard, tu m’as témoigné ton amitié dans une lourde épreuve. Après ton passage à la Rue Malher, je suis allé te voir avenue de Tolbiac ; tu avais conservé ton franc-parler et ton optimisme. Merci Hélène. Que tes enfants trouvent ici l’expression de ma fidèle amitié avec toi. »

Marc Michel.



« Hommage amical à Hélène d’Almeida-Topor

Hélène d’Almeida-Topor, historienne, a participé au lancement des Universités du Dahomey et du Togo, au lendemain des Indépendances, dont on célèbre les 60 ans cette année. Rentrée en France, elle poursuivit sa carrière universitaire, devenant professeur d’histoire contemporaine africaine à l’Université de Paris I. Elle a formé des étudiants tant africains que français à cette spécialité, entretenant de relations de sympathie et d’amitiés avec nombre d’entre eux. Au début des années 1970, elle m’a conseillé avec bienveillance alors que je prenais en main le département d’histoire de ce qui est maintenant l’Université du Bénin, consciente d’avoir de lourdes responsabilités vis-à-vis de jeunes dans un univers où tout était à créer.
Puis nous sommes devenues presque voisines. L’une et l’autre membres de la Société française d’histoire d’outre-mer depuis de nombreuses années, nous étions présentes lors de l’assemblée générale de 2000 où la situation critique de l’association s’est révélée de façon criante. La poignée de présents s’est répartie les responsabilités et Hélène a accepté de devenir présidente : presque tout était à remettre sur les rails, avec pour objectif de permettre aux historiens travaillant sur l’histoire coloniale de trouver un accueil dans les pages de la revue, seule façon de faire connaître leurs travaux, leurs réflexions et les documents disponibles. L’objectif était aussi d’en faire bénéficier un large public tant universitaire qu’érudit ou simples curieux. Se transformer en éditeur, en commercial, a été une aventure collective passionnante, créatrice de liens d’amitiés et de convivialité durables. »

Josette Rivallain.





Article mis en ligne le 2 août 2020 et mis à jour périodiquement.